Dans la lumière et la couleur

Article paru dans « Univers des arts » le magazine de l’information artistique – n°160 été 2011 pages 48 et 49.

Des thoniers se reposent à l’ancre. Ailleurs des baigneurs farnientent sur la plage. Sur une autre toile des jazzmen découpent  leurs silhouettes d’un fond informel. Giraudeau ne s’interdit aucun sujet. Il joue avec les couleurs en faisant swinguer les contrastes, dans une altercation de tonalités chaudes et fraudes. Il se plait à épurer les contours des architectures et des personnages sans autres considérations que celles de laisser ses impulsions lui dicter ses choix. Ce n’est pas un peintre de compromis. C’est un artiste libre qui a choisi la matière et la couleur pour s’intéresser au monde qui l’entoure. Sur le vif, il s’inspire, il s’imprègne, avant de laisser libre cours à son esprit créatif. La spontanéité d’exécution lui permet de transcender ses scènes de genre en privilégiant le naturel d’exécution.

Pour transmettre le mouvement avec tonicité, il interprète ses compositions dans la fraîcheur de la pâte, sans s’accorder de repentir. Des pointes colorées stigmatisent les contrastes tandis que les aplats sculptent la matière pour révéler les contours des personnages, des objets, des maisons… Quelques traits suffisent. La représentation suggère les formes sans attenter à l’esprit et à l’atmosphère que Giraudeau préserve, offrant ainsi aux lecteurs la possibilité de reconnaître les lieux. Mais il s’éloigne du caractère figuratif au profit de préoccupations purement plastiques. Les tonalités souvent exacerbées et intensément lumineuses sont filtrées par les pulsions subjectives de ce peintre qui, manifestement, compte sur l’emportement de la touche pour traduire la vie. Dès lors tout devient prétexte à l’arbitraire de la couleur.

Le ciel souvent chargé de nuages, travaillé dans un élan surréaliste, laisse par endroit apparaître la trame de la toile. Giraudeau flirte avec l’expressionnisme. Il se permet des écarts de langage, séparant parfois la couleur de ses références. Les premiers plans, toujours très dynamique, prennent une large place dans l’élaboration de ces espaces directement inspirés par l’esprit du peintre. Pour l’artiste qui jadis fut respectueux du sujet, il n’est plus question de se laisser dicter ses choix par le dessin. Au contraire, il préfère s’absoudre d’une certaine réalité en préservant des états de conscience qui lui permettent d’en souligner l’ambiance avec lyrisme. Dès lors, il appartient aux lecteurs de prendre possession de l’œuvre pour en soutirer les sucs.

Texte de Thierry Sznytka

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